Kungfu, acupression et littérature taoïste

Suite à mes études de théâtre basées sur le mouvement, je me découvre au hasard d'un cours de mouvement dédié aux techniques de combat au bâton, une véritable passion pour les arts martiaux. Par la suite, je vais lire des ouvrages dédiés à ces arts, chercher "un maître" et voyager dans plusieurs pays. Ce billet est un bref retour sur ce petit "parcours initiatique".

C'est durant mes études de théâtre (1995), pendant l'apprentissage du style de la Comedia del'arte que notre école structure notre cours de mouvement autour des techniques de combat au bâton. Parce que cet art mobilise l'attention et les émotions d'une manière particulière, je décide de chercher un style et un professeur à même de pouvoir me faire travailler cette dimension de façon approfondie.

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Après avoir lu plusieurs ouvrages donnant à penser les logiques philosophiques du Zen et du Tao, je me mets en quête d'un professeur à la mesure de mes rêves. Oui, je cherche un peu Yoda et je me plait à croire que si le philosophe allemand Eugene Herrigel a pu le trouver dans le Japon du début du 20ème siècle, pourquoi ne pourrais-je le trouver en Europe ou en Chine où je rêve d'aller un jour. La forêt de Dagoba (référence au lieu de vie du maître Jedi) n'est-elle pas tout autant le cimetière des maîtres Chan environnant le monastère de Shaolin dans la province du Henan ?

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Je rencontre en tout cas dans la personne de Hyun Chieu Long (1996), maître vietnamien exerçant à Nice, un maître tout à fait à la mesure de mes rêves et ambitions. Celui-ci m'enseigne les rudiments du Baimei Chuan (le vieil homme aux sourcils blanc), un style court alliant - comme il se doit dans les styles chinois - atemis, projection, clés et maniements des armes traditionnelles. Maître Long est également herboriste, chiropracteur et acupresseur, j'apprends ainsi avec lui, à chaque fois que j'en ai l'occasion à réparer ce que l'aspect martial pourrait détruire.

Afin d'approfondir mes connaissances et d'abreuver ma soif d'exotisme et d'altérité, ce même objectif m'emmènera à Los Angeles (1997) chez un de ses amis, feu maître Che Cheng Chiang avec qui j'apprendrais trois mois une forme d'acupression thérapeutique.

Frustré de ne pas pouvoir étudier les différents aspects de ces arts de façon permanente, j'entreprends ensuite un voyage en Chine (1999) "au finish". Sans date de retour prévue, je n'entends revenir en Belgique que lorsque j'aurai trouvé "l'état" que je cherchais. Je suis à l'époque un jeune homme buté et je ne peux pas entendre les conseils avisés de plusieurs personnes m'indiquant que les maîtres ont désertés la Chine de la révolution culturelle ou s'y cachent. Que c'est ici à Taiwan ou ailleurs en Occident que ne peut que se trouver l'enseignement que je recherche. Je ne trouve effectivement à Shaolin, même parmi les moines, qu'un enseignement militaire à vocation acrobatique, tout juste bon monter à des spectacles de cirque ou à fournir des cascadeurs au cinéma d'action. Des activités tout à fait nobles, mais dénuées de la spiritualité que j'avais trouvé chez mon maître.

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Tentant de faire "contre mauvaise fortune bon coeur" et grâce à ma connaissance grandissante de la langue, j'adapte alors l'objectif de ce voyage et je m'efforce de tenter plutôt de rencontrer de la manière la plus authentique possible le peuple de cet extraordinaire pays/continent. La transfiguration sera salutaire. De touriste écervelé en qui l'on voyait une occasion de se faire un peu d'argent, je deviens l'invité d'honneur de nombreux chinois contents de trouver un waiguoren (étranger) curieux de leur culture et capable de quelque peu raconter le monde exotique d'où il vient lui-même.

Paradoxalement, alors que j'abandonne en Chine - faute de lieu où trouver ce que je cherche - je vis une sorte de "révélation vide" dans les gorges du saut du tigre, une chaîne de montagne dans le Yunnan, berceau de l'ethnie Na. Sans comprendre ce que je comprend, je décide alors de revenir en Belgique convaincu que j'avais trouvé ce que je cherchais tout en étant incapable de dire ce que c'est.

J'ai par la suite recyclé ces compétences dans des activités de canalisation de la violence avec des animations destinées aux jeunes adolescents des Marolles (2000).

Au travers du projet Ambivalence(s) avec la compagnie ODNI je revisite actuellement mes connaissances martiales d'une manière esthétique et poétique au travers d'une performance mêlant danse et arts martiaux.

Du voyage en Chine, qui m'apporta ce je ne sais quoi que j'étais venu chercher, je retire une capacité de décentrement, la possibilité extraordinaire de s'habituer à un autre monde, même si cela commence (comme l'enfantement) dans la douleur, d'apprendre une autre culture, d'intérioriser un autre système, et de voir, un peu, avec d'autres yeux. A n'en pas douter, elle me donna autant l'envie que les moyens de faire une décennie plus tard mes études d'anthropologie.

J'en garde enfin, un certain état d'esprit, je crois. Je m'en explique dans le post "Pourquoi ce blog s'appelle ONCLE SHU ?"

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