Approche : anthropologie de la Nature et interdisciplinarité

Durant mon cursus à l'Université catholique de Louvain-La-Neuve, certains auteurs et certaines approches vont tout particulièrement retenir mon attention. Ce background me servira de point de départ pour une étude critique de la modernité tout particulièrement en psychologie.

Mon approche :

C'est avant tout l'anthropologie de la Nature fondée par Philippe Descola & Bruno Latour qui attire ma curiosité. Notamment parce que ses perspectives semblent les plus solides pour contester en partie aux sciences exactes le "monopole de la réalité". Non parce que je conteste l'efficacité qu'elles ont dans leurs domaines de compétences mais parce qu'elles me semblent "contaminer" - de manière parfois peu pertinente - les sciences humaines notamment en psychologie. Autrement dit par la séduction qu'exerce les outils de mesure - dits objectifs - qu'elle déploie, elle me semble parfois donner le sentiment qu'on peut traiter des problèmes complexes aux facteurs nombreux avec des équations ou des grilles de lecture trop simples.

Parce que ma carrière professionnelle m'a fait accumuler de l'expérience dans le domaine des suivis psychologiques (chez Interstices - Projet "parentalité-addiction"), je projette de poursuivre l'approche de Bruno Latour et son anthropologie des sciences, en proposant une anthropologie des psychologies occidentales.

Les ontologies de Descola (voir Par delà Nature & Culture - 2005) me serviront quant à elles à confronter dans le domaine de la psychologie, les limites de notre système "naturaliste" à d'autres systèmes symboliques comme l'animisme et l'analogisme, systèmes qui donnent lieux à d'autres manières de penser la santé mentale et à d'autres pratiques exotiques connues sous le nom de "sorcellerie" et de "chamanisme".

Cette approche comparative, je le mets notamment en oeuvre dans les dernières parties de ma monographie consacrée à une unité psychiatrique pour adolescents délinquants sujets à troubles sévères du comportement (Élans et impératifs des « K »). Travail au travers duquel j'applique à un niveau individuel la grille de lecture de Marshall Sahlins, pour qui la détermination des besoins somatiques est régie des dispositions symboliques via la Culture. Perspective qui m'obligea, notamment à cause de nombreux constats de terrains à esquisser une théorie des besoins plus dynamique que celle d'Abraham Maslow.

Parce que mon champ d'étude consiste justement à étudier une autre science humaine, j'ai également développé un intérêt prononcé pour l'interdisciplinarité :

En dehors de mes lectures anthropologiques, j'accorde également beaucoup d'intérêts aux travaux de psychologie ou de psychiatrie tenant compte de l'impact des relations et du contexte. Je pense évidemment ici à la systémique de l'école de Palo Alto en grande partie initié par l'anthropologue Gregory Bateson et du psychologue Paul Watzlawick, mais aussi à des psychanalystes comme Serge Tisseron (et son travail sur les secrets de famille) ou comme Paul-Claude Racamier (et son travail sur la notion d'incestualité).

Je nourris également mes perspectives des travaux de neurosciences lorsque celles-ci peuvent alimenter ma réflexion sur les modalités d'interdépendance entre le cerveau et les relations. Je pense tout particulièrement au psychiatre et psychanalyste Gérard Pommier, à l'aspect inter-disciplinaire des travaux de Boris Cyrulnik, mais aussi à l'ouvrage "Le besoin de l'Autre" de Pierre Karli ainsi qu'au travail sur l'importance des émotions dans l'oeuvre d'Antonio Damasio.

Parce que des éclairages sur les interactions possibles entre groupes et individus sont également apportés par l'éthologie, celle-ci fait également partie de mes centres d'intérêts. La lecture de travaux sur l'empathie (menés par exemple par Franz Dewaal), ainsi que les éléments donnant à penser qu'on peut parler de cultures et d'individualités animales (comme ceux de Dominique Lestel ou de Vinciane Desprez viennent encore agrémenter mes perspectives.

L'histoire des idées occidentales vient également alimenter mon approche dans la mesure où elle permet restituer le cheminement social et politique qui nous amena à nous représenter le monde tel que nous le faisons aujourd'hui. Je pense ici tout particulièrement à l'ouvrage du philosophe Charles Taylor, "Les sources du moi".

Enfin, une anthropologie digne de ce nom doit évidemment se nourrir de terrains, de l'observation participante de certains groupes.

En 2010, mon premier terrain, lié au travail d'un cours de BAC à l'UCL), avait pour objet l'étude de la thanatopraxie en Belgique et de ce qu'elle disait de l'évolution des représentations au niveau de la mort. Via de très longs interviews, la visite de structures, ainsi que la fréquentation de blogs de thanatopracteurs échangeant sur leurs pratiques, leurs questionnements et leurs ressentis, j'ai rédigé un premier travail "L'embarras du choix !" qui vise essentiellement à mettre en évidence comment et pourquoi il est aujourd'hui - dans notre société si cosmopolite - particulièrement délicat de travailler dans le domaine des pompes funèbres aujourd'hui. J'y évoque également une hypothèse quant à la difficulté d'être soutenu par rites et cérémonies dans son deuil lorsque la société témoigne de si nombreuses manières de se représenter l'après-vie. Un prochain post reviendra plus en détail sur les constats de ce travail.

En 2011-2012, dans le cadre de la réalisation de mon mémoire, je mène cette fois une ethnographie de six mois dans une unité psychiatrique pour adolescents délinquants sujets à des troubles sévères du comportement (Elans et impératifs des "K"). Un travail particulièrement riche pour mes perspectives actuelles, puisqu'au delà de la structure systémique qui chapeaute le dispositif, celui-ci donne sa chance à des thérapeutes aux obédiences particulièrement variées (TCC, sexologie, psychanalyse lacanienne ou freudienne, systémique, pleine conscience, etc.). Je lui dois la plupart de mes pistes de travail aujourd'hui.

Depuis 2013, afin d'ouvrir un nouveau terrain mais tout afin de partager mes perspectives avec de nouveaux thérapeutes, j'entre au Séminaire d'ethnopsychiatrie du Centre Chapelle aux champs, où j'ai l'occasion d'échanger avec de nombreux psychiatres et psychologues sur diverses situations, observer les logiques qu'ils mettent en oeuvre et proposer mes propres interprétations. Par ce biais, j'aurais également l'occasion de présenter mes travaux à des psychiatres d'autres unités.

Enfin, en Février 2016, grâce à la rencontre de l'anthropologue Jean Lazare (spécialiste de la Santéria cubaine - ce syncrétisme du systéme yoruba et de christianisme catholique), je réaliserai une ethnographie d'un mois à La Havane. Elle me donnera essentiellement l'occasion de découvrir un système analogique (au sens de Philippa Descola dans Par Delà Nature & Cutlure) vivace, mais tout autant, de découvrir comment un tel système cohabite avec la psychiatrie moderne (financée par les pléthoriques services publics du régime).

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