Mise en scène et cours de jeu : "Le Petit Prince" adapté en comédie musicale

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Engagé par mon ancienne Athénée (ARU 2) dont le flambeau artistique a été repris par un professeur de français et de musique, je suis engagé pour gérer l'aspect théâtral d'une comédie musicale adaptée du Petit Prince de Saint-Exupery.

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Si le spectacle fut tout à fait agréable à suivre, lorsque je sonde mes souvenirs (déjà anciens) de ce projet, me revient surtout les leçons pédagogiques qu'il me fallut en tirer.

Le groupe d'une douzaine de pré-adolescents avait entre 12 et 14 ans tout au plus. Dans un premier temps, cadrés de façon assez rigoureuse par les professeurs, j'hérite si on peut dire de ce respect de l'école et me retrouve devant des jeunes si obéissants que les exercices d'expression sur base des textes produisent un jeu particulièrement timide voire timoré.

Ayant assez de temps devant moi (quelques mois à raison d'une séance par semaine), je tente alors de décoincer mon groupe en lâchant complètement la partition prévue pour faire des exercices saugrenus digne de mon maître de théâtre Lassaad Saidi. Je leur fait faire l'eau, le feu, des animaux comme le serpent (tient ça tombe bien, il y un serpent dans l'histoire). Mais là encore, le respect de l'école semble installer une chape de plomb sur la fièvre du jeu et les essais sont timides et gênés.

Je leur explique ensuite que les cours sont finis, que ce n'est pas un vrai cours, qu'il n'y aura pas d'examens, mais que j'ai besoin qu'ils soient plus libres, plus fous... Mais j'ai alors finalement affaire à une horde de Gremlins qui m'a pris au mot. :)

Retour à la case départ, il me faut réinstaller un minimum de respect, d'écoute et de structure. Je me rends petit à petit compte que je travaille pour la première fois avec des jeunes qui n'ont pas spécialement envie de faire du théâtre. Le problème n'est pas qu'un problème de timidité individuel. Ils ne sont pas fondamentalement réfractaire, mais pas non plus spécialement mû par l'envie de se dépasser, de découvrir, de se jeter dans l'angoissant inconnu qui consiste à improviser, faire comme si on ressentait des choses fortes. Ils suivent de plus ou moins bon coeur les injonctions des professeurs.

C'est pourquoi, je crois finalement comprendre que le problème est d'une autre nature : être bien obéissant ou faire tous ensemble des petites bêtises n'expose pas à la honte (une question centrale pour les adolescents) qui consisterait à "vraiment essayer de jouer", tenter de se mettre dans tous ses états devant les autres (et peut-être mal le faire et ainsi se couvrir de ridicule).

Bref, il va me falloir inventer une série d'exercices collectifs où nous glisserons progressivement, tous ensemble (afin qu'il n'y ait pas de simple spectateur qui puisse se moquer des essais des autres) dans des états seconds de telle manière à ce que "oser" devienne légitime pour ce groupe. De telle manière à ce que la question du ridicule ne se pose à ce cercle "d'initiés" ainsi créés, qui ont tous partagés ensemble ces exercices aux premiers abords ridicules mais finalement grisant. Afin de faire goûter que ce lieu extraordinaire qu'est le théâtre est effectivement une zone où si le rôle l'exige on peut être méchant, hurler, terrifié, apeuré, etc. Ou toutes les émotions et les états sont dignes et nobles quand ils servent la scène. Afin de faire goûter que oui, le théâtre est un endroit où on peut, où il faut, s'amuser sérieusement. Où on peut déconner, faire le fou, se mettre dans des états quasi seconds "pour du vrai et pour du faux en même temps" dans la mesure où c'est au service d'une histoire touchante pour le public.

Par la suite, une démarche de recherche rôle par rôle et personne par personne, pu se mettre en place et des exercices aussi saugrenu que "faire le serpent" furent particulièrement utiles pour faire le serpent de Saint-Exupery... mince comme un doigt... Mais plus puissant que le doigt d'un roi !

Ce fut également la première fois où je testais seul la démarche que j'avais expérimenté avec AnnemerCie (voir post suivant) et où au lieu de tenter de transmettre une vision, je partais à la recherche avec mes comédiens de comment ils s'appropriaient le texte plutôt que de leur proposer une façon de la faire.

En conclusion, vous l'aurez remarqué, je n'ai pas évoqué la dimension "comédie musicale" de ce spectacle parce que je n'y ait pas été associé. Celle-ci se travaillait à d'autres moments. J'ai simplement assisté aux dernières répétitions afin de travailler l'enchainement des scènes de théâtre aux scènes de chants.

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