Mise en scène & jeu dans un "mélodrame chanté" avec la compagnie AnnemerCie (1996)

Gravitant depuis plusieurs années dans l'univers du Festival Babel (ASBL TREMPLINS), je connais déjà quelque peu la metteur en scène Anne Gérard lorsque m'est proposé la co-mise en scène du prochain spectacle d'AnnemerCie. Amis avec quelques membres de la troupe, je partage également avec elle une passion naissante pour les arts martiaux traditionnels chinois. Participant autant qu'organisateur et auteur, j'y découvrirai une toute nouvelle dimension : le chant. Un chant guttural emprunt de traditions populaires enseigné par Christine Leboutte, élève de l'ethnomusicologue Giovanna Marini.

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C'est assurément avec les techniques de co-créations utilisées par Anne Gérard que j'apprends à assouplir mon style de mise en scène. Alternant des moments d'écriture de canva à des moments d'impro thématiques autour de thèmes liés au mélodrame, la compagnie crée petit à petit des scènes dont nous serions bien en peine de dire qui sont les auteurs.

Un départ à la guerre, un repas familial lourd de sous-entendu, une rencontre amoureuse, un retour inattendu, l'agonie d'une matriarche, les prémisses d'une insurrection... Autant de prétextes pour alterner des chants aux tonalités viscérales avec des scènes dramatiques.

Tel la pousse d'un bonzaï, nous regardons ensemble qu'est-ce qui vient ? Par où ça va ? Qu'est-ce qui donne bien, finalement ? Nous développons ceci, coupons finalement cela, et ce, sans avoir d'idées préconçues sur la direction que doit prendre la trame de l'histoire, mais au contraire en exploitant les potentiels qui se manifestent grâce aux acteurs.

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Véritable travail inverse à ce que j'avais précédemment réalisé, la trame du récit sera finalement la dernière chose à décider. Il en résulta une pièce vivante et prenante, où les acteurs ont pu avoir un rôle beaucoup plus créatif et pu exprimer de nombreux potentiels au gré de ce que leur évoquait intuitivement les quelques thèmes fondamentaux (simples amorces de scène).

Au final, si le spectateur se perd un temps dans l'enchainement apparemment chaotique d'intrigues secondaires ayant chacune leur attrait et leur sens, comme la vie, le récit se rassemble pour donner à voir et à goûter le portrait d'une époque, d'un groupe, d'un lieu (à la manière d'un film comme Magnolia).

Le chant y apporte une intensité particulière car il offrit la possibilité d'exprimer de façon stylisée des émotions intenses sans tomber dans la sensiblerie.

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