Dispositif : une ludothèque dans les Marolles

Après une décennie de Bohème, divers projets artistiques et quelques voyages dépaysants, je cherche pour la première fois un travail "durable". M'étant découvert une fibre pédagogique au travers de mes mises en scène, je convainc le "Club de Jeunesse" de me confier la gestion de son projet d'ouverture d'une ludothèque au sein de la plus ancienne maison de jeunes de Bruxelles.

ClubDeJ.jpg

Fermée depuis plusieurs années, j'ai carte blanche pour en définir les nouvelles modalités. Mais parce qu'un long travail de rangement et de classement sera nécessaire, je mets à profit ce temps pour rencontrer mon futur public aux autres étages de la maison.

La maison accueille en effet déjà les jeunes tantôt dans une salle d'accueil où on joue principalement au ping-pong, au babyfoot, aux jeux de dames ou au basket, tantôt l'équipe de la bibliothèque accueille des jeunes pour soutenir les jeunes dans la réalisation de leurs devoirs. Enfin, le mercredi et le samedi, des activités artistiques et sportives sont également proposées, ainsi que des excursions ponctuelles.

Je constate d'emblée une grande effervescence, des jeunes au répondant acerbe, parfois agressifs (mais je constaterai plus tard qu'ils sont assez peu nombreux) ainsi qu'une difficulté relativement répandue à rester concentré plus de 15 minutes. Bref une série d'aspects dont il faudra tenir compte. Je crois comprendre également que l'atmosphère parfois assez agressive qui règne aussi bcp entre les jeunes provient notamment de soirées qu'ils passent plutôt livrés à eux-même dans les rues avoisinantes.

Lorsque j'ouvre la ludothèque, je prend garde à mettre en place un système de règles simples, transmissible très rapidement et je les fais d'une main de fer. Une disposition que je pratique avant tout pour faire passer le message à tous que les rapports de force et les hiérarchies informelles qui en découlent s'exerçant au dehors s'arrêtent à la porte de la ludothèque. Disposition qui mettra quelques mois à s'imposer et qui donnera lieu à terme à une forte augmentation de la fréquentation (il fallut acheter des chaises supplémentaires). Elle ne mena par contre, je le précise, nullement à l'exclusion définitive de "certains" jeunes. Une écrasante majorité de jeunes ayant finalement intériorisé le comportement attendu à la ludothèque.

Le règlement consistait donc à écrire son nom à l'entrée, à n'emprunter qu'un jeu à la fois au comptoir et à ne franchir le seuil de l'entrée qu'une fois par jour. Une dernière règle qui vise à empêcher le "zapping" d'activités, mais aussi à pousser les jeunes à s'investir quand ils viennent. Une contrainte qui sera également progressivement intériorisée et qui ouvrira progressivement à la possibilité de faire découvrir des jeux plus complexes et plus longs.

Sur une durée de 2 ans, j'aurai ainsi l'occasion en plusieurs temps, de complexifier les propositions de la ludothèque. Durant les 6 premiers mois, je me consacrerai d'abord simplement à faire respecter le règlement et les règles des jeux simples. Un système de tournois (sans autre "prix" qu'un affichage hebdomadaire des 3 premiers) mettra en place un premier incitant à apprendre de nouveaux jeux et élargira progressivement le nombre de jeux connus par les jeunes. Je mettrai ici particulièrement l'accent sur la diversité des dynamiques de jeux afin que les qualités de chacun puissent s'exprimer : jeu de dessin ou de mime (comme le pictionnary), jeu de langage ou d'improvisation (comme Taboo ou Carabistouilles), etc.

Dans un second temps, 1/3 des jeunes deviendra curieux de jeux plus longs (comme Tikal ou Samuraï), la fréquentation moyenne s'allongeant progressivement de 30 minutes à 1h30.

M'enquérant peu à peu des envies des jeunes, la familiarité qui s'installa avec le temps donna également lieu à d'autres ateliers comme un atelier de jonglerie ou des répétitions de chorégraphies de danses pour notre fête annuelle.

Magic_l_assemble_e_jeu.jpg

Finalement, certains jeunes furent même intéressés par des jeux de système de cartes à construire (comme "Magic") ou des jeux de rôles menés sur plusieurs séances, de semaines en semaines. Certains jeunes, après leurs devoirs restent ainsi jusqu'à la fermeture.

A côté de l'aspect pédagogique, cette expérience fut évidemment pour moi l'occasion d'apprendre les dynamiques de dizaines de jeux. Expérience plus marquante et utile que je ne l'aurais d'abord pensée. Elle me resservira en effet plusieurs fois par la suite à imaginer comment créer ou améliorer des outils d'animations où il était nécessaire de trouver comment raconter l'un ou l'autre enjeu de société et comment inventer une façon ludique de le simuler.

Ce que je ferai notamment au Service Civil International avec le SUDESTAN ou à Mentor-Escale en inventant diverses animations.

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet