Mise en scène et écriture : Ils ne feront jamais sept !

A l'époque (1992), je ne suis qu'un timide fan de jeux de rôles qui envisage d'écrire des scénarii de cinéma. Je suis en rhétorique, et en classe, j'entends parler de la possibilité de créer un spectacle qui serait financé par l'ASBL TREMPLINS pour le festival Babel (festival d'expression artistique pour jeunes qui entend empêcher que Bruxelles ne devienne Babel en l'an 2000). Un groupe d'ados projette de se réunir dans un café pour faire un petit brainstorming... Je suis loin d'imaginer dans quoi je vais m'embarquer.

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Lors de ce premier rendez-vous informel réunissant les jeunes intéressés par le projet, des envies très hétéroclites se manifestent. Certains veulent parler des problèmes liés à l'immigration, de la discrimination, d'autres veulent parler de la folie, d'autres encore voudraient plutôt faire une chorégraphie mettant à profit leurs cours de danses classiques. Timide, je n'ose pas me mêler à la conversation, mais je pars de la réunion un peu déçu, convaincu que le groupe aura beaucoup de mal écrire une histoire pouvant contenter tout le monde...

Quelques jours plus tard, j'en parle avec un ami (Jérome Fabry) qui se voyait bien technicien d'un tel projet et se destine lui aussi au cinéma un jour, si possible. La conversation passionnante nous emmène dans une folle séance d'improvisation d'écriture quasi automatique.

Et si nous parlions d'un jeune immigré, si accablé par les siens, l'école et les autres qu'il aurait tendance à se replier sur lui-même.

Si replié sur lui même qu'il se serait mis a jouer seul avec son imagination plutôt que de tisser des liens avec les autres, et que cet imaginaire serait devenu gigantesque, pharaonique et finalement aussi mégalomaniaque que sa vie sociale est pauvre et triste.

Et si une histoire d'amour (qui relierait ce jeune ainsi à nouveau aux autres) venait mettre en danger cet imaginaire/refuge. Cet imaginaire pourrait alors se défendre et tenter de convaincre notre héros que la réalité ne vaut pas le coup d'être vécue, que son monde vaut mille fois l'âpre et laborieuse réalité.

Des chorégraphies représentant la majesté et la puissance de de cet imaginaire viendraient alors tenter de barrer le passage à cet amour.

L'enjeu de la pièce serait ainsi un combat entre cet amour et ce monde du jeune (qui lui échappe de plus en plus), combat dont l'enjeu ne serait rien de moins que le plongeon définitif dans l'imaginaire (autrement dit la folie).

Nous aurions ainsi évoqué les discriminations, l'immigration et ouvert la possibilité de donner place à des chorégraphies...

L'ensemble des jeunes à qui nous proposèrent ensuite un tel canva fut assez vite convaincu et enthousiaste.

C'est alors avec l'aide de Nicole Glibert (metteuse en scène à la retraite) et l'Athénée Royale d'Uccle 2 que je me retrouvais, timide fan de jeu de rôle, à mettre en scène un groupe de 18 personnes pour la première fois.

Pour dire un mot de mon style de mise en scène (totalement improvisée pour l'occasion), je dirais que je suis encore marqué par l'envie de réaliser stricto sensu ce que j'ai dans la tête plutôt que de découvrir comment les acteurs proposent d'interpréter mon texte.

Style sur lequel je reviendrai beaucoup par la suite, car s'il permet la réalisation d'un projet cohérent grâce à la mise en oeuvre d'une "vision claire", il passé à côté de la richesse que propose les individus et donne des résultats qu'avec le recul je trouve "propres" mais moins intenses que ce qui peu être atteint en étant à la redécouverte incessante du texte et des intentions grâce aux acteurs et différents interprètes. Autrement dit s'appuyer sur les propositions des acteurs pour les articuler au projet me parait une méthode donnant à la fois des résultants plus spectaculaires tout en donnant l'occasion aux acteurs de vivre une expérience plus enrichissante et épanouissante.

Expérience aussi éprouvante que jubilatoire, elle marqua pour longtemps ma vocation à faire des spectacles vivants.

Merci Nicole, merci Uccle 2, merci Babel, merci Centre Jacques Franck, vous avez tous permis l'expérience la plus enthousiasmante de mon adolescence.

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