Dispositif : atelier musical & clips videos

Ce billet revient sur l'atelier musical de Mentor-Escale en tant que projet pédagogique et évoque les conditions de production de MP3 et des trois clips qui en ont résultés. Un autre post évoquera par la suite, le travail spécifique de réalisation de deux albums en studio, en partenariat avec le studio du Pianofabriek et l'AMO Samarcande.

Liens vers les clips :

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Ouvert depuis plus de 7 ans grâce à la collaboration de mon collègue Brahim Miloud avec l'artiste Jean-Louis Daulne, l'atelier musical accueille tout membre de Mentor-Escale (des mineurs étrangers non-accompagnés soutenus par notre équipe dans leur travail d'autonomisation) désireux de s'exprimer par le chant, le slam ou la poésie.

Description générale des étapes du projet :

Le travail d'un texte se faisant en parallèle au choix d'un instrumental (créé par Brahim Miloud avec des logiciels de création sonore comme Reason), dans un second temps il s'agira de travailler le chant ou la pose de la voix sur l'instrumental.

Viendra ensuite la pose enregistrée dans nos locaux et la constitution progressive d'une petite démo en MP3.

Pour les plus patients ou les plus motivés, tous les deux ou trois ans en général, nous trouvons de quoi financer la production d'un CD en studio (un autre post fera l'objet d'une description de cet autre processus spécifique).

Enfin, pour les jeunes les plus organisés, nous pouvons - avec les moyens du bord - soutenir le projet de réalisation d'un clip. Responsabilisés, ces clips ne se réaliseront que grâce à une contribution significative du jeune porteur du projet (en terme d'écriture, de casting et d'organisation).

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Le projet pédagogique de l'atelier plus en détail :

Selon les envies, les besoins et les désidératas de chacun, les différents aspects précités peuvent être long et se transformer en de véritables cours de philosophie, de poésie ou de rimes (pour la composition du texte), de français, de diction ou de champ (pour l'interprétation) ou de rythme et composition (autour de la co-création de l'instru) et enfin carrément de cours de gestionnaire ou de réalisation pour la préparation des clips.

Notre équipe a ainsi développé au fur et à mesure de sa pratique, des modalités de travail assez souples et variées permettant à chacun d'apprendre à la mesure de ces envies. Explications :

Ecriture :

Le travail minimum obligatoire sur le texte est un échange avec l'animateur basé sur l'explicitation, une réflexion sur l'éthique et l'exposition de soi, le public visé, etc.

Parfois le texte est presque entièrement écrit par le jeune en dehors de l'atelier, le travail est alors de l'ordre de la validation. Mentor-Escale va-t-elle assumer la médiatisation de cette production ? Et à quelles conditions ?

Notre ligne éditoriale est relativement simple : si les propos peuvent être choquants ou violents pour certains, l'explicitation et la contextualisation est nécessaire : on peut dire du mal de certains, pousser un coup de gueule, dénoncer des injustices, mais pas d'insultes gratuites, de jugements à l'emporte pièce, on peut être aussi trash qu'on veut mais on dit pourquoi, comment, dans quelles circonstances. On se doit d'essayer de faire comprendre son point de vue.

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S'il faut être explicite lorsque l'on est polémique, nous veillons par contre à ce que les jeunes soient lucides sur l'exposition personnelle de leur intimité. Sont-ils conscients, si leur production a du succès que tous les commentaires ne seront pas forcément bienveillants ou respectueux ? Sont-ils vraiment à l'aise avec l'idée de faire partager tel ou telle pensée, sentiment, épisode de leur vie avec potentiellement tout le monde ? Ne vaudrait-il pas mieux parfois, par la métaphore et le suggestion être un peu moins explicite avec tel ou telle dimension pour se préserver ?

Enfin, et cet aspect de la conversation est souvient lié à l'usage du vocabulaire et des expressions plus ou moins argotiques, qui est le public visé par les jeunes ? Les gens de son pays ? Les jeunes ? Tout le monde ? Si c'est tout le monde, que moi, animateur je comprenne tout est dès lors assez important et un autre travail d'adaptation du texte aux adultes sera mis en place.

Au delà de ces conversations nécessaires, il arrive également fréquemment que les jeunes n'arrivent pas à écrire comme ils le voudraient. Une série d'exercices dans de tels cas pour les aider à se lancer (dont je garderai provisoirement le secret mais que je détaillerai peut-être dans un prochain post). A un moment ou à un autre, lorsqu'un vrai travail d'écriture accompagnée se mets en place, la présentation de sites de construction de rimes ou de synonymes peuvent être un plus, mais doivent être utilisées avec parcimonie, car la tentation d'écrire n'importe quoi pour le plaisir de la rime est une tentation régulière et détourne de messages plus profonds souvent beaucoup plus intéressants.

Sélection et travail de l'instru :

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Du fait de leur inexpérience et du peu d'envie qu'ils avaient de réellement apprendre le maniement de logiciels complexes, durant les premières années de l'atelier, la participation des jeunes au niveau de la création musicale se limita à choisir des instrumentaux précomposés. Mais peu à peu, des modalités intermédiaires furent trouvées. Mon collègue Brahim créa finalement des instrumentaux volontairement simples aux rythmes et ambiances bien distinctes (funk, soul, rap, reggae, romantique, épique, rapide, lent, transe, etc.) afin d'obliger le jeune, une fois son style définis pour une chanson à faire des propositions de complexification de son instru. Par ce biais, nous avions l'occasion de faire porter aux jeunes l'attention sur certaines dimensions de la musique afin de le faire faire une série de choix rendant son écoute plus subtile et raffinée.

La pose :

Après ce travail d'écriture et de choix musicaux, la pose va clôturer un premier cycle, pour certains l'aventure s'arrête là. Après quelques essais, ils choisissent s'ils slamment, s'ils rappent ou s'ils chantent leur morceau. Parfois ils ont immédiatement le niveau de leur ambition, parfois un cours de chant ou de rythme d'une à plusieurs semaines va préparer ce travail. Un premier enregistrement se fait dans nos bureaux (mal insonorisés). Il en résultera après le travail de postproduction de Brahim un MP3 qui fait déjà très plaisir à tout ceux pour qui c'est la première expérience.

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Trois clips :

Avec ceux qui ont eu envie d'aller plus loin, qui écrivent plusieurs chansons, qui ont osé monter sur scène lors de fêtes de Mentor-Escale, au Festival Babel, au Festival organisé par la MJ "La Clef" ou durant "Expressions urbaines", occasions aléatoires que nous trouvons parfois, nous ouvrons ensuite la possibilité de faire des clips video. Au vu des dizaines d'autres tâches que notre équipe doit réaliser à Mentor-Escale, ce processus - déjà en soi assez chronophage - est rendu encore plus long et prend souvent presqu'un an (toutes étapes comprises).

Il s'agira d'abord - dans les grandes lignes - d'imaginer au moins trois façons d'illustrer la chanson afin de permettre un montage dynamique. Va-t-on la chanter à un endroit particulier qui illustrerait en soi bien les propos (comme au musée de l'armée où dans Ou en est-on ? Strike - alias Almamy - revient sur tant d'injustices mondiales parmi lesquelles les crimes l'ayant obligé à quitter la Guinée ?) Quelles petites scènes muettes pourraient illustrer la chanson ? Comme dans Vingt mètres carré, ou Mamadou décrit avec humour et dérision la petitesse des appartements disponibles à Bruxelles. Avec qui et ou faire ça ? Faut-il des autorisations ? Du matériel ?

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A partir du scénario va ainsi se dessiner un cahier de charges où nous nous partageons les tâches. Qui va demander les autorisations ? Quand allons vérifier que les lieux désirés sont disponibles et légalement accessibles pour un clip ? Qui va jouer, chanter, danser dans le clip ? Casting, repérage, rédaction d'un sommaire scénario, tout cela est co-construit avec l'auteur de la chanson.

Vient enfin le jour de la réalisation qui selon les projets s'est concentrée sur une seule journée ou sur plusieurs opportunités différentes finalement combinées dans un clip (c'est le cas du second clip). Le processus est en effet parfois moins intentionnel, parfois plus improvisé, où l'on prend la balle au bond ! Comme avec Dancefloor de Macintoosh (Alias Rafaël) qui suite à plusieurs petites scènes (au Festival Babel, à un concours, dans son école, etc.) durant lequel nous avons filmés ses prestations avec ses amis breakers, finira par me proposer, d'improviser un tournage de scènes d'inserts à la foire du midi. Moyen qui s'avéra décisif au montage pour relier les petits tournages précédents et ainsi illustrer de façon amusante les propos tenus dans la chanson.

Enfin, au minimum les choix esthétiques au montage sont tantôt avalisés tantôt pilotés par les jeunes, l'idée étant de faire de cet exercice une réflexion poussant aussi loin que possible le travail d'élaboration du jeune sur sa création. Au maximum, c'est parfois l'occasion d'improviser un petit cours de montage mené sur plusieurs semaines.

Pour info, dans un autre post, je reviendrai plus en détails sur d'autres productions et collaborations de l'atelier ayant menés à la production d'un Album CD en partenariat avec l'AMO Samarcande (projet Samarc'ondes).

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