Misen en scène / Jeu : ESCURIAL de Michel de Ghelderode

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L'envie de jouer cette pièce avec mon ami de toujours (JEAN COLLARD) s'est littéralement imposée comme une évidence. Elle nous a donné l'occasion d'utiliser notre déjà vieille amitié pour exprimer toute la complexe palette de sentiments que suscite et qu'appelle à jouer cette étrange réçit qui tient autant de la bouffonnerie que de la tragédie grecque.

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CANVA : Un roi vociférant dans un palais décrépit attend la mort d'une reine agonisante. On ne sait d'abord trop pourquoi le roi impose au bouffon un jeu étrange : le faire rire en pareilles circonstances. S'exécutant sans conviction on sent poindre chez ce bouffon accablé par le deuil, la rage contre ce roi pourtant familier. Le roi propose ensuite d'échanger leurs rôles, le temps d'une farce. Nouveau caprice ? Pas tout à fait. Le bouffon va en effet découvrir que le roi vient de trouver le moyen d'exposer (comme tout bouffon qui se respecte) une vérité indicible : celle d'un amour interdit, des noirs sentiments qui s'ensuivirent et des sombres desseins qui signèrent... La mort de la reine.

Lorsque j'ai découvert cette tragicomédie en un acte j'ai été fasciné par le contraste entre une langue magnifique et l'horreur des propos et des relations qu'elle donne à voir. Troublé par la complexité des émotions qu'elle suscitait et qu'elle donnait à jouer. La relation entre le roi et le bouffon évoque en effet à la fois une grande complicité, une connaissance intime de l'autre dont on goûte qu'elle tient à plusieurs décennies de vie commune et en même temps, la haine sourde entre ceux qui se jouent la comédie des apparences depuis si longtemps qu'ils s'agacent, s'insupportent à un point mortel.

Ce rapport profond et ambivalent, mon ami JEAN COLLARD et moi-même avons presque instantanément eu envie de tenter de l'incarner. Amis de longue date, nous allions pouvoir nous appuyer sur cette intimité pour chercher à transmettre ce curieux cocktail d'émotions. Bouffonesque et tragique à la fois, l'enchainement des scènes semblait également exiger un travail de jeu varié tout à fait excitant. Enchainant des moments réclamants des talents de conteur/mimeur, tantôt des qualités de tragédiens, ce fut également le premier spectacle où je m'auto-mettais en scène. Un travail facilité par des répétitions filmées et une mise en scène minutieuse allant, comme dans l'opéra de Pékin, jusqu'à numéroté le nombre de pas à chaque déplacement, l'angle des prises de paroles, les distances entre les acteurs, etc.

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Une fois mûr, ce spectacle particulièrement "portable" (Une estrade, un escalier à 3 marches et un trône) qui ne nécessitait qu'un plateau de 4x4 mètres, fut joués dans des circonstances très diverses. A l'ULB, dans des fêtes de villages à l'extérieur, devant des ruines, ainsi que dans la vague de squats artistiques qui se créa à Bruxelles durant l'été 1998 (un cadre tout particulièrement adapté). La représentation la plus emblématique ayant pris place dans l'actuel Café "Potemkine" près de la porte de Halles.

Commentaires

1. Le lundi, mai 2 2016, 19:50 par Jean

Ami de toujours☺

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