Article : MENA, des CRACS venus d'ailleurs !

Cet article, publié dans un dossier du JDJ, revue Jeunesse & Droit introduit la situation des MENA telle qu'elle se présente à nous (dans mon ASBL Mentor-Escale) ainsi que les grandes lignes de notre manière de travailler avec eux la question de l'intégration ainsi que le soutien de leur autonomie.

Si vous souhaitez découvrir les deux axes de travail de Mentor-Escale, voici deux videos illustrant respectivement chacun d'entre eux :

INTRODUCTION AU COLLOQUE : « Mineurs étrangers non accompagnés : Des CRACS* venus d'ailleurs »

ou la célébration des vingt ans de Mentor-Escale

  • Citoyen responsable actif critique et solidaire

Bénédicte Adnet (Directrice) & Michaël Damman (Anthropologue – Responsable du bouquet d'activités collectives pour Mentor-Escale).

Dans cet article introductif, nous reviendrons sur trois éléments permettant de vous préparer à ce voyage dans les réalités des MENA (mineurs étrangers non accompagnés) en Belgique. Nous en profitons ici pour remercier Benoit Van Keirsbilck pour cette opportunité de témoigner par écrit de ce que fut le colloque « Mineurs étrangers non accompagnés : Des CRACS venus d'ailleurs », à savoir l'événement célébrant les vingt ans de Mentor-Escale, ce 25 septembre dernier au théâtre Marni.

Pour ce faire, nous allons commencer par mentionner les origines de notre association, pour ensuite décrire quelque peu notre structure, son action et ses bénéficiaires. Ensuite, pour introduire les autres contributeurs de ce dossier, nous conclurons par une brève présentation des lignes directrices avec lesquelles nous avons préparé ce colloque dédié aux MENA.

A l’origine du projet, une rencontre fortuite entre un chef d’entreprise et un mineur non accompagné. Face à la solitude du jeune, l’adulte le prend sous son aile, le coachant et lui ouvrant une porte sur un environnement familial en Belgique. Convaincu de l’enrichissement qu’apporte l’expérience pour les deux parties, il lance avec l’ASBL Exil un programme de parrainage (moral, non financier) pour mineurs non accompagnés et fonde l’ASBL Mentor. Pour répondre aux besoins des parrains/marraines confrontés aux demandes juridiques, sociales et psychologiques de leur filleul, il ouvre un service social qu'il fusionne avec l’Escale, une maison d’hébergement pour MENA. Ainsi nait Mentor-Escale, service d’accompagnement individuel et collectif pour jeunes réfugiés non accompagnés.

Vingt ans plus tard, c'est plus de deux mille jeunes qui ont ainsi été écoutés, stimulés, encadrés pour une durée moyenne de suivi d’un an et demi. L'ASBL Mentor-Escale assure ainsi, après les centres d’accueil et en collaboration avec les tuteurs, l'encadrement éducatif, social et psychologique indispensable aux MENA et aux jeunes réfugiés.

Le travail de Mentor-Escale

S’inspirant d’une approche systémique, Mentor-Escale accorde une place importante à de nombreux éléments contextuels, et ce, aussi bien pour la compréhension des situations auxquelles l’ASBL est confrontée que pour penser ses interventions. Notre dispositif est donc multidimensionnel afin de prendre en compte à la fois l’unicité́ du jeune et la diversité́ de ses besoins. Avec pour principaux objectifs de favoriser l'autonomie du jeune, ses liens sociaux et la construction d'un projet de vie épanouissant, notre structure s'organise principalement autour de deux pôles : un suivi individuel et un suivi collectif (pour un témoignage vivant et détaillé des différents aspects de ces deux suivis, nous vous invitons à consulter notre page Facebook).

Le suivi individuel s'organise principalement autour d'un assistant social de référence dédié à un jeune en particulier, en collaboration avec une référente scolaire, une psychologue et parfois un éducateur (dans le cas des placements en logements de transit en semi-autonomie), tandis que le suivi collectif se présente plutôt comme un bouquet d'activités et de petits services proposés par une équipe d'éducateurs et de bénévoles. Chacun à leur manière, en fonction de la place qu'ils occupent et du lien qu'ils développeront avec le jeune, les membres de notre équipe pluridisciplinaire vont ainsi adapter leur action en fonction des quelques grands principes directeurs.

Parce que l'exil peut être considéré comme une expérience de « désappartenance », nous mettons un soin tout particulier à ce que le jeune se sente accueilli. Pour ce faire, lors de sa première rencontre avec l’institution, nous faisons visiter la maison au jeune et lui présentons l’équipe comme étant son futur environnement bienveillant. Ensuite, notamment via un espace d'accueil quotidien accessible sans rendez-vous, nous veillerons à ce que Mentor-Escale reste un lieu accueillant et chaleureux où le jeune peut « se poser » et « se déposer ». Une notion d'autant plus importante que le mineur non accompagné est par définition sans parent en Belgique. Au-delà̀ de l’écoute qui constitue un autre principe de base, nous serons donc aussi un de ses référents adultes. Dans cette perspective, nous considérons l’éducation du jeune au sens large, c’est-à-dire non seulement en veillant à ce que ses besoins fondamentaux soient assurés mais aussi en l'informant de ses droits et devoirs. A ce titre, le concept d’ « empowerment » représente bien notre philosophie de travail : accompagner le jeune dans l’acquisition d’un pouvoir d’agir, le pouvoir de prendre des décisions et de résoudre ses problèmes. Tout au long de notre accompagnement, nous veillerons également à repérer et à soutenir les compétences de chaque jeune. Des compétences et centres d'intérêt qui se découvrent et se déploient via de nombreuses activités et partenariats, qui permettront également d'élargir le réseau social de chaque jeune et ainsi de prévenir son isolement. Un processus qui devra enfin tenir compte du système de référence du jeune. Ce qui veut dire, accompagner la gestion de divers chocs culturels, ce que nous faisons notamment en veillant à ce que les jeunes n’oublient pas d’où ils viennent, qu’ils puissent l’exprimer et échanger sur la manière dont la vie se passe dans leur culture d’origine ainsi que sur la façon de vivre en Europe.

Les difficultés rencontrées par les jeunes

Même si, bien sûr, chaque cas est individuel, la raison d'être et les façons de faire de notre dispositif peuvent néanmoins s'expliquer par quelques grandes catégories de difficultés auxquelles nos jeunes sont confrontés. Il s'agit d'abord, première difficulté, de les aider à faire face à la brutale séparation d'avec leur milieu d'origine, qui même pour ceux qui sont encore en contact (à distance) avec des proches, constitue pour chacun une épreuve en soi. Une problématique qui vient ici se greffer – seconde difficulté - aux conflits propres à l'adolescence, et ce, dans un contexte où – troisième difficulté - il leur faut du jour au lendemain se prendre en charge seuls au quotidien. A savoir, notamment, gérer son alimentation, son hygiène de vie, son budget, et ce dans un pays qu’ils connaissent à peine. Cette question très sensible de la prise en charge au quotidien est d’autant plus complexe que les MENA doivent faire face aux obstacles liés à leur parcours d’exil en l’absence d’encadrement familial, à leur jeune âge, et à la solitude qu'induit la vie en autonomie. Il leur faudra donc – quatrième difficulté – trouver leurs marques dans un pays dont la culture et les institutions, le fonctionnement de la société, les codes culturels, les comportements adaptés, leurs sont encore en grande partie étrangers. Une cinquième difficulté récurrente tourne autour de la question de l'accès à leurs droits sociaux. C'est pourquoi bien souvent, l’aide d’un travailleur social ayant une connaissance pointue de la législation s’avère indispensable pour faire comprendre mais tout autant pour faire valoir ces droits. Enfin, une fois ses droits acquis, le jeune a souvent besoin d’aide pour pouvoir répondre aux exigences des différentes instances et ainsi les conserver.

Une dernière difficulté est liée au projet scolaire ou de formation. En effet, en arrivant en Belgique, ces jeunes n’ont souvent pas d’idée bien définie ou réaliste de leur avenir. La plupart font montre d’un parcours scolaire souvent chaotique, et en tous cas différent de ce que nous connaissons ici. Enfin, leur maitrise du français et des nouvelles technologies est souvent insuffisante pour notre société centrée sur la réussite scolaire et professionnelle.

Demeurer un « lieu-appui » et un « lieu-ressource »

Enfin, une dernière manière d'évoquer l'esprit de notre action est peut-être de préciser les conditions d’accès à notre service et leur évolution en fonction de l'évolution du jeune. En effet, pour être pris en charge au niveau individuel, il faut être en exil, mineur au moment de l'inscription, résider en Belgique sans parent et avoir droit à une aide sociale (condition sine qua non à la possibilité de trouver un logement dans le parc immobilier privé). Suite à plusieurs bilans visant à mettre en évidence les dimensions à travailler, ce suivi s'arrêtera d'un commun accord au plus tard à vingt ans. Le suivi collectif, quant à lui, est ouvert aux jeunes dès le début de leur demande d'asile. L'idée étant de leur faire savoir dès que possible, qu'ils sont les bienvenus pour s'investir dans notre association et que celle-ci leur donnera l'occasion de rencontrer d'autres jeunes plus habitués à la Belgique, de découvrir leurs propres potentialités, de rencontrer d'autres pans de la société belge via des activités socio-culturelles, sportives, citoyennes, culinaires etc. Ce suivi collectif peut se poursuivre jusqu'aux vingt-six ans du jeune. Il s'agit ici de conserver la possibilité, au-delà du suivi individuel, de garder un contact avec notre structure. L'idée étant cette fois de demeurer « le temps qu'il faut » un « lieu-ressource » après avoir été un « lieu-appui ». Ce lieu qui commence par aider à trouver sa place ici, et donne les outils pour se choisir un projet de vie, devient ainsi peu à peu un lieu qui permet d'entretenir et de développer ses liens avec d'autres milieux. Un lieu qui, progressivement, n’aide plus directement les jeunes à trouver les solutions à leurs problèmes, mais les renseigne sur où et comment les trouver. Ce que la plupart d'entre eux réussissent à faire bien avant leurs vingt-six ans.

Conclure cette présentation de notre structure par son aspect « processus », nous permet ainsi de rebondir sur le sens du canevas que nous avons proposé aux divers intervenants qui ont bien voulu décrire leur expérience avec les MENA à l’occasion du colloque « MENA : Des CRACS venus d'ailleurs ». Car cette journée fut également construite comme un processus, un chemin, un voyage avec ses étapes. Des étapes qui mènent de situations de crises à l'exil, de l'exil à la Belgique, de la procédure au droit d'asile, de centres résidentiels à l'autonomie accompagnée par un tuteur puis, souvent, par Mentor-Escale.

Des expériences de vie, des expériences professionnelles

Avec Zakia, une jeune syrienne actuellement suivie à Mentor-Escale, nous avons en effet d'abord plongé en amont de tous les parcours menant les jeunes à devenir des MENA : à savoir dans ce cas, l'horreur de la guerre et toutes ses conséquences concrètes et affectives. Afin d'étayer ce vécu poignant par d'autres parcours de jeunes, nous avons ensuite donné la parole à l'anthropologue Jacinthe Mazzocchetti, qui nous plongea dans les méandres des procédures d'asiles et surtout des vécus souvent difficiles qu'elles suscitent chez les jeunes. Ensuite, avec le tuteur professionnel Ugo Guillet, nous avons repris succinctement le parcours administratif d'un MENA en Belgique afin de pouvoir mener une analyse critique des lois encadrant le rôle de tuteur. Au travers de plusieurs exemples concrets, Ugo nous fit part d'outils d'analyse pouvant soutenir la tâche complexe des tuteurs. Enfin, avec Danièle Crutzen, directrice du centre MENA « Les hirondelles » situé à Assesse, nous avons découvert, vidéo à l'appui, comment son dispositif s'est lentement adapté à son public afin d'inventer des réponses originales aux difficultés vécues par les jeunes tout en favorisant l'expression de leur potentiel et la valorisation de leurs compétences.

Mais il est temps de laisser la parole, ou plutôt la plume à ces intervenants. Ajoutons simplement que si, jusqu'ici – dans un souci de clarté didactique – nous avons présenté notre dispositif comme un dispositif stable (clairement reconnu et financé par le politique), notre réalité actuelle est malheureusement plus précaire, et ce, malgré l'affluence de migrants à laquelle la Belgique est confrontée. Nous y reviendrons dans l'article conclusif et prospectif qui sera également l'occasion pour nous de mener une réflexion plus globale sur la place à faire aux MENA dans la société.

Commentaires

1. Le lundi, décembre 3 2018, 02:11 par longoniweb

j'adore merci pour le poste

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