Colloque : « MENA, des CRACS venus d'ailleurs »

« MENA des CRACS venus d'ailleurs » fut le nom de l'événement que j'ai participé à organiser le VENDREDI 25/09 au théâtre MARNI pour célébrer les 20 ans de l'association MENTOR-ESCALE. Une organisation dont la vocation est le soutien et l'accompagnement à l'autonomie des mineurs étrangers non accompagnés et aux jeunes réfugiés, à savoir des adolescents arrivés sans entourage sur le territoire.

Capsule vidéo évoquant le suivi individuel à Mentor-escale.

Capsule vidéo décrivant le suivi collectif.

Introduit par un colloque modéré par Benoît Van Kersbilck (Président de l'ONG DEI-International et directeur de DEI-Belgique), la journée nous donna l'occasion de plonger dans le parcours des adolescents demandeurs d'asile en commençant par leur donner la parole en personne. La première intervenante fut en effet Zakia (une jeune fille arrivée de Syrie il y a un peu plus d'un an et demi) qui nous fit un récit poignant de ce qu'est la guerre dans son pays, de tout ce que la guerre a détruit, de tout ce qu'elle rend impossible. Elle décrivit ensuite son parcours pour devenir autonome en Belgique et les soutiens qu'elle a pu y trouver.

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De nombreuses autres voix de jeunes furent ensuite évoquées grâce à l'anthropologue Jacinthe Mazzocchetti (professeur à l'UCL et chercheuse dans le domaine de l'exil et l'adolescence) qui nous expliqua les effets parfois délétères des procédures sur la personne.

Nous avons ensuite pu réfléchir à l'esprit et aux limites des lois régissant le tutorat des MENA ainsi que ce qui est mis en place autour des MENA grâce au tuteur expérimenté de Caritas Interntational, Ugo Guillet. Ugo partagea également au travers de quelques exemples significatifs quelques outils méthodologiques favorisant l'induction d'une place d'acteur chez les jeunes afin qu'ils s'approprient aux mieux les processus dans lesquels ils sont pris et qu'ils y fassent des choix éclairés.

Avec Danièle Crutzen, directrice du Centre d'Assesse, nous avons clôturé les réflexions de la matinée en découvrant comment s'est progressivement mis en place le cadre mis en place pour les MENA estimés les plus vulnérables.

Des interventions qui ont bien sûr à chaque fois donné la parole au public permettant ainsi autant d'entrer dans le détails de certaines propositions que d'alimenter la réflexion. Des réflexions qui ont autant souligné les nombreux manques du système empêchant une prise en charge adéquate de certaines situations que la nécessité de témoigner auprès du grand public les résultats de nos actions, car force est de constater que malgré des situations très difficiles, malgré une image parfois négative dans l'opinion publique, les MENA font dans une écrasante majorité preuve d'une résilience tout à fait remarquable.

L'après-midi donna ensuite une large place à deux vastes débats. La première capsule vidéo décrivant le suivi individuel et rapproché mise en place par MENTOR-ESCALE donna lieu, avec notre équipe ainsi que les intervenants du matin et le public du colloque à un premier échange sur les conditions nécessaires à une autonomisation et une intégration réussie. L'importance du développement d'une familiarité avec les jeunes permettant un travail au cas par cas a été particulièrement soulignée.

La seconde capsule vidéo – « Un bouquet plutôt qu'un programme » - décrivit ensuite l'aspect collectif du dispositif, dont j'ai l'honneur d'avoir la responsabilité. Avec mes collègues assistants sociaux, notre psychologue et notre responsable scolaire, nous avons pu détailler la nécessité d'installer progressivement autour du jeune un réseau en fonction de son origine (afin qu'il maintienne des liens valorisants avec sa culture d'origine) mais tout autant avec d'autres pans de la société. Le travail avec des bénévoles permet ainsi au jeune d'être au plus tôt en contact avec des citoyens de la société qui ne sont ni des professionnels ni d'autres jeunes dans leur situation. Des nombreux petits partenariats permettent ainsi en fonction des centres d'intérêts et des compétences du jeune de construire un projet de vie vraisemblable et épanouissant. Ce bouquet d'activités rend tantôt des services très concrets comme soutien à la recherche d'un appartement, le choix d'une école adéquate et un soutien dans le suivi de sa scolarité, mais aussi la possibilité de faire du sport avec l'Ulb, l'occasion de nous montrer ce qu'il sait faire durant l'atelier cuisine, l'atelier musical ou l'atelier théâtre. Ou encore d'avoir des débats sur la vie quotidienne avec un planning familial, de jouer à un jeu de piste qui lui fait découvrir la ville et ses ressources comme le Service droits des jeunes ou la Bibliothèque de son quartier, etc, etc. Durant les échanges nous avons par exemple pu souligner l'importance d'une approche aussi systémique afin de prévenir les effets délétères d'un isolement du jeune. Les jeunes passent ainsi souvent d'une promiscuité forcée (dans les centres FEDASIL) à une « indépendance forcée » une fois le droit d'asile octroyé. En effet, comment avoir la discipline de se lever tout les matins pour aller à l'école dans de telles conditions ? Comment avoir la sagesse de résister à certaines tentations sans parents pour mettre des limites ? Comment trouver la motivations pour réussir ses études quand personne n'est là au quotidien pour donner sens à vos efforts ? Une force que trouve finalement la plupart d'entre eux, je le rappelle, nous le pensons grâce à l'entourage que nous parvenons a installer avec eux petit à petit durant l'année et demi (en moyenne) durant laquelle il nous fréquente.

Là encore, les débats ont à la fois permis d'identifier tantôt les failles du système, tantôt les recommandations souhaitables vers le politique, tantôt l'identification de bonnes pratiques.

La soirée fut enfin l'occasion de célébrer notre anniversaire en donnant la parole et la place aux jeunes via des concerts où des chansons écrites et chantées par les jeunes durant notre atelier musical (encadrés par le groupe de l'artiste cubain « Pucho ») mirent le feu à la scène pendant près de trois heures. Une exposition photo encadrée par l'artiste béninois Ishola Akpo combinant documentaire sonore et enchainements de photos donna l'occasion à chacun d'entrer dans les rêves de quelques jeunes de Mentor. Enfin un succulent « buffet du monde » composé de plats afghans, guinéens et européens préparés par les jeunes, les bénévoles et l'équipe régala notre public.

Un moment de célébration et de réflexion sur des questions ô combien d'actualité, raison pour laquelle il n'a pas manqué d'être répercuté par plusieurs journaux (Belga, Le Soir, La Libre), radios (Première et Bel RTL) et télévisions (TV BRUSSEL) tant au nord et au sud du pays.

Relais plus que jamais indispensable, car malgré la présence des représentants des ministres Francken (asile) et Madrane (aide à la jeunesse) dont les discours furent plutôt rassurants, le financement de notre secteur reste quant à lui à la fois incertain et insuffisant. Un manque dont l'enjeu est pourtant plus que jamais capital, à savoir aussi bien le bien être de ces jeunes que la cohésion sociale de notre pays, puisque nous participons très significativement à trouver avec chacun d'entre eux comment devenir des citoyens épanouis.

Lien vers la première capsule vidéo évoquant le suivi individuel : https://www.youtube.com/watch?v=KS69aY31zLE

Lien vers la seconde capsule vidéo évoquant le suivi collectif : https://www.youtube.com/watch?v=ydvQ_bk8sjw

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